Conseil municipal 28/09/2015

Intervention de Gaël Callonnec sur le refus du maire d’accueillir des réfugiés

Retranscription de l’intervention de Gaël Callonnec lors du conseil municipal du 28/09/2015 :

accueil-des-migrants

Nous avons appris, par la presse, que vous-même et le maire d’Andrésy refusiez d’envisager d’accueillir des réfugiés au motif que (je cite) « nous avons suffisamment à faire avec nos tibétains ».
Tout d’abord, permettez-nous de juger l’expression « nos tibétains » quelque peu condescendante et méprisante si elle a été exactement rapportée par la presse. Dans ce cas, elle révèlerait au mieux un simple paternalisme qui n’est pas exactement la solution au problème.
Mais puisque vous vous appuyez sur votre action à l’égard des tibétains, notre question précisément est la suivante : Qu’avez-vous fait pour les tibétains ? Que comptez-vous faire pour leur assurer des conditions d’hébergement dignes cet hiver ?
Tout le soutien aux tibétains résulte de la mobilisation des bénévoles, des associations et du bateau Je Sers. Sous leur pression, vous avez mis à disposition le bâtiment vétuste du quai Eugène Le Corre que vous vous êtes empressé de démolir cet été pour ne pas avoir à renouveler l’opération cet hiver. Vous avez expulsé ceux qui s’abritaient sous la passerelle.
La question des tibétains se pose toujours. S’y ajoute celle des réfugiés du Moyen-Orient. Un appel à la solidarité des communes pour une juste répartition a été lancé par des responsables politiques et des élus de gauche comme de droite. Il semble que Poissy soit disposée à répondre favorablement. L’agglomération de Cergy fait déjà le nécessaire.
L’accueil de 20000 syriens représente 0.03% de la population française. Si Conflans devait assumer sa part, il lui faudrait accueillir seulement une douzaine de réfugiés supplémentaires pour 35400 habitants. C’est peu de chose.
En opposant votre refus, vous accréditez le discours du FN d’un afflux massif de réfugiés qui nous submergerait. Vous laissez entendre que l’immigration est une source de problème, qu’elle sape les fondements même de notre société, que l’intégration est impossible. Ce faisant, vous attisez les tensions communautaires et confessionnelles qui demain pourraient miner la société française.

Que vous le vouliez ou non, cette société est cosmopolite, multiconfessionnelle, multi ethnique. C’est l’héritage de notre empire colonial. Il nous faut l’assumer. L’unité nationale ne peut reposer sur le fantasme d’une population culturellement homogène. Cela n’a jamais existé et cela n’existera jamais. Nous sommes tous des enfants d’émigrés, de l’intérieur ou de l’extérieur. Nous n’avons pas d’autres choix que de construire un « vivre ensemble » autour des valeurs démocratiques, sociales et laïques qui fondent notre République. Cette approche n’est pas compatible avec un discours sur le rejet de l’autre et le mépris de la différence.
Si nous nous montrons incapables aujourd’hui d’offrir l’asile aux persécutés, d’offrir un logement décent et des conditions d’existence dignes à chacun, que se passera-t-il demain ?

Que se passera-t-il si nous nous montrons incapables aujourd’hui de remédier aux défis de l’exclusion sociale, qui alimentent tous les extrémismes, nationalistes, identitaires et religieux ?

Que se passera-t-il demain si nous ne faisons rien pour lutter contre le réchauffement climatique ?

Car la crise humanitaire que nous connaissons aujourd’hui n’est rien en comparaison des pressions migratoires que nous pourrions subir à l’avenir.

Avec la désertification des sols, l’avancée du désert, la baisse des rendements agricoles et la montée du niveau de la mer, qui pourrait engloutir le tiers du delta du Nil où vivent 40 millions d’habitants, ce sont des dizaines et des dizaines de millions de déplacés qui pourraient se presser aux portes de l’Union Européenne. Et que ferons-nous alors ? Faudra t’il leur tirer dessus à l’approche de nos frontières ?

La société française, minée par les inégalités et les crispations identitaires, que certains n’auront pas manqué de distiller à des fins électorales, ne s’en relèverait pas.

Pour éviter ce sombre scénario et préserver le lien social, nous devons faire preuve de générosité en accueillant et en favorisant l’intégration des réfugiés de guerre, dans un climat consensuel et apaisé. Il ne s’agit pas d’accueillir toute la misère du Monde, mais d’en assumer notre part.

Nous devons prendre des mesures pour lutter contre le mal logement, les inégalités et le chômage. Et nous devons tout faire pour entamer immédiatement une politique de transition énergétique.

Monsieur le Maire, n’êtes-vous pas disposé à revenir sur votre déclaration de refus de principe et à adopter une attitude plus constructive, vous-même ou de concert avec les autres maires de la communauté d’agglomération ? Il y a urgence et voilà une occasion pour l’intercommunalité de prouver qu’elle peut être autre chose qu’une machinerie politico-administrative et qu’elle peut permettre de résoudre des problèmes qui dépassent le cadre et les compétences des seules communes.
Mais même au niveau des communes le problème n’est pas insurmontable sur la base des seuls principes de solidarité. Au moment de la guerre au Kosovo, la commune de Conflans a accueilli une quarantaine de réfugiés kosovars, dans des conditions qui n’ont causé aucune difficultés insurmontables ni insupportables, dans une parfaite intégration.
Monsieur le Maire, êtes-vous disposé à agir ? Que faites-vous ?

Lorsque Monsieur le Maire a reproché à M. Callonnec de ne pas l’avoir remercié pour l’action engagée en faveur des Tibétains, celui a déclaré :
Mais si Monsieur le Maire, je vous ai remercié et félicité à la tribune lors de vos vœux de nouvel an, et vous m’avez répondu spontanément sur un air contrarié que le Préfet vous avait « forcé la main sur ce coup là ». J’en suis resté médusé.

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