Création d’une Communauté urbaine au 1er janvier 2016

Intervention de Gaël Callonnec, au nom des élu(e)s CEP, au Conseil communautaire du 23/06/2015 sur les délibérations portant sur :
La création d’une Communauté urbaine au 1er janvier 2016 par fusion des communautés d’agglomération de : Mantes en Yvelines, des Deux Rives de Seine, de Poissy-Achères-Conflans, de Seine et Vexin, des coteaux en Vexin, de Seine Mauldre.

Se regrouper, faire l’union, pourquoi pas ? mais pourquoi ?

Le seul argument avancé dans l’exposé des motifs est la nécessité de contrebalancer le poids du Grand Paris. C’est un combat perdu d’avance. C’est une évidence pour tous. Jamais la Seine aval n’aura la possibilité de contrebalancer l’attractivité de Paris. Au contraire, le but explicite de l’organisation de ces intercommunalités est de servir au rayonnement du Grand Paris au-delà de ses limites administratives.
Il s’agit d’encourager nos territoires à se tourner résolument et entièrement vers Paris, en cassant les dynamiques locales via une mutualisation forcées des moyens, entre des zones qui n’ont rien en commun, dans des structures lointaines et anonymes dont le seul objet sera la réalisation de grands projets d’aménagement et d’urbanisme.
Nos territoires seront relégués au rang de banlieues. Ce seront les hinterlands logistiques du grand Paris :
Ils feront office de cités dortoirs. La construction de lignes de transport en étoile au départ de la capitale, au détriment des tangentielles, l’atteste.
Ils serviront d’ateliers manufacturiers et d’entrepôts pour une ville aujourd’hui entièrement tournée vers le tertiaire. N’est-ce pas le sens explicite du projet de « Port Seine Métropole » que Monsieur Bédier appelle de ses vœux.
De ce point de vue, on comprend mieux pourquoi la Préfecture appuie votre projet de créer une intercommunalité de 400 000 habitants, le double des objectifs fixés par la loi .
Pourquoi unir des villes déjà intégrées dans le tissu urbain de la banlieue parisienne (comme Conflans) avec de toutes petites communes rurales comme Gaillon sur Montcient, ou Aulnay sur Mauldre ?
L’objectif est de mutualiser les moyens en ces temps de restriction budgétaire, pour financer les infrastructures nécessaires à la constitution de l’hinterland du Grand Paris.Les dévolutions de compétences en faveur de la communauté, que vous envisagez, corrobore cette hypothèse.
Mais alors, souhaitez-vous promouvoir une péréquation entre les communes rurales et urbaines ? si oui, dans quel sens ?
Désirez- vous mettre à contribution les zones rurales pour remédier aux problèmes de nos cités, problèmes par ailleurs générés par une urbanisation galopante et irréfléchie conduite au nom des impératifs de la course à la productivité… Souhaitez-vous les mettre à contribution pour financer le surcroît de services publics nécessaire à l’accroissement des pôles urbains ?
Souhaitez-vous au contraire transférer des moyens des villes vers les villages pour résorber la « fracture rurale » dont on sait qu’elle alimente le vote FN ? Souhaitez-vous privilégier le mitage de nos campagnes plutôt que la densité urbaine ?
Souhaitez-vous, au-delà du clivage zones urbaines/zones rurales, organiser une redistribution des richesses des communes riches vers les communes défavorisées ? comme le laisse penser votre proposition de donner à l’intercommunalité les compétences en matière de politique de la ville, de résorption de l’habitat insalubre ?
Si c’est là votre but, il aurait mieux valu rester entre soit et laisser l’Etat et le département, voire la Région, organiser cette péréquation avec l’aide de l’ANAH et l’ANRU.
Votre projet ne comporte aucun élément qui pourrait nous donner une vague idée de la stratégie poursuivie en matière de péréquation et d’aménagement. C’est un comble lorsque l’on songe que la décision que nous allons prendre ce soir va profondément bouleverser le devenir de notre démocratie locale.
Il est à ce point vide de sens que l’on finirait par croire que votre seul but est de réussir à tirer la couverture à nous. Mais ne vous détrompez pas, les autres communes ont aussi cette espérance.
Nous ne voyons pas pourquoi il faudrait sacrifier la proximité qui existe entre nos concitoyens et leurs représentants pour un jeu à somme nul, voir négatif, car je ne doute pas que la création d’une strate administrative supplémentaire sera une source de dépenses, de gabegie et d’inefficacité supplémentaires.
L’ensemble des élus écologistes de la Seine aval ont protesté contre le gigantisme de cette intercommunalité. Ils déplorent cette politique d’aménagement du territoire, qui favorise l’étalement urbain, la réalisation de grands projets inutiles, qui alimente encore l’hypertrophie de notre région, déjà fortement congestionnée, au détriment du bien-être de ses habitants et du dynamisme de nos provinces.
L’ensemble des élus écologistes de la Seine aval ont dénoncé « le caractère anti-démocratique de son élaboration (…). Ils prônent la création d’une intercommunalité librement choisie par les communes, à l’échelle de bassins de vie, ayant pour mission de répondre aux besoins des habitants et permettant une meilleure gestion et une plus grande efficacité du service public ». Ils ont été approuvés par de nombreux élus, à gauche comme à droite.
Dans ce contexte, nous ne pouvons plus nous contenter de rodomontades sur la fierté que nous devrions éprouver à l’idée d’avoir une plus grosse communauté d’agglomération que les autres. C’est un peu primaire.
Monsieur le Président auriez-vous l’amabilité de nous expliquer sincèrement l’utilité de cette future communauté d’agglomération et la stratégie d’aménagement qui la sous-tend, avant que nous passions au vote ?

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